La Ciotat, une station balnéaire ? Aujourd’hui, c’est une évidence mais on a du mal à imaginer que cette tradition-là remonte à près d’un siècle, tant la présence des chantiers navals et la culture ouvrière façonnèrent pendant des décennies l’image de la ville.

Et, pourtant, si La Ciotat n’appartient pas à la Côte d’Azur - cette french riviera que l’aristocratie anglaise mit à la mode à la fin du XIXe siècle - elle fut dès les années vingt une destination appréciée des premiers estivants. Sans commune mesure avec la Croisette ou la Promenade des Anglais, certes, mais sans avoir à rougir non plus. C’est que ce site-là avait bien des charmes. Pour Lamartine par exemple, le golfe d’amour valait bien la baie des anges. « Peu de sites m’ont autant frappé, autant alléché dans mes voyages, écrit le poète en 1838.

C’est un mélange de grâces et de formes qui forme la beauté accomplie dans l’harmonie des éléments comme dans l’être animé et pensant ». De manière moins ampoulée, Stendhal note dans ses Mémoires d’un touriste : « s’il fallait absolument habiter une petite ville en France, je choisirais Grasse ou La Ciotat ». Et sous le Second empire, la petite cité provençale, peuplée pour l’essentiel de pêcheurs, fait tout pour mériter ces éloges littéraires. Les édiles décident de prolonger la promenade de la Tasse par un boulevard de la mer. Et la plage, petit à petit se fait désirable... En 1873 le « patron » du port, M. Blanc, crée le tout premier établissement des bains de mer, juste après le petit port des Capucins. Et on y construit bientôt une buvette.

Mais, il faut bien le reconnaître, La Ciotat n’aura pas à cette époque le destin de Cannes ou de Menton... Comble de malchance, en janvier 1918, un razde-marée va détruire l’établissement des bains. Il ne sera pas remplacé avant 1924 - l’année de l’électrification de La Ciotat - et portera le joli nom de Flots bleus.

C’est l’époque où un maire bâtisseur, Eugène Mouton, entrevoit tout ce que le tourisme naissant est susceptible d’apporter à sa ville. C’est lui qui, dans les années vingt, approuva le lotissement de l’ancienne propriété de la famille Lumière par la SIFAM (Société Immobilière et Foncière des Alpes-Maritimes). Lui encore qui lança une série de grands travaux, en particulier la création d’une plage arrondie de sable fin bordée par une route plantée de pins. Lui toujours qui batailla pour que sa ville soit classée « station climatique », ouvrant ainsi la voie à l’ouverture d’un casino, aux lignes art déco.

Un syndicat d’initiative est créé, qui vante les charmes de la petite cité provençale auprès d’une clientèle huppée. Pendant quelques années, La Ciotat sera à la mode... sans arriver à faire jeu égal avec ses rivales de la Côte d’Azur et sans bénéficier de la manne du tourisme de masse, comme la Grande-Motte ou le Grau-duRoi. Faut-il vraiment s’en désoler ? Pas sûr car elle a conservé ce faisant tout son charme, tout en connaissant un beau regain de fréquentation depuis le début des années 2000....

Et Stendhal, on peut le parier, la trouverait toujours à son goût.

Source : La Ciotat comme nulle part ailleurs - 2018

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